LIFAR, PETIT, MARTINEZ

LIFAR, PETIT, MARTINEZ (?)

Et si on était entrain d’assister progressivement à l’émergence du futur successeur de LIFAR et PETIT, dans la personne de JOSE MARTINEZ ?

En effet, on a longtemps essayé de trouver héritier sans succès : MALANDAIN, CACIULEANU, MAILLOT, PRELJOCAJ, GIL, MILLEPIED… et peut être qu’il est juste là, devant nous.

Et peut être, contre tout pronostique – aucun danseur de l’Opéra n’ayant jamais vraiment percé en tant que chorégraphe, avec le temps, Martinez pourrait se consacrer en tant que chorégraphe maison …,

A suivre,

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LE FIGARO 20.10.08
Par Ariane Bavelaix

” Hommage enthousiaste au célèbre film de Marcel Carné et Jacques Prévert, ce ballet chorégraphié par José Martinez est à l’affiche.

José Martinez n’est pas seulement un danseur étoile remarquable. Quand il passe à la chorégraphie, il affirme aussi une générosité et un sens du théâtre tout à fait exceptionnels. Ses Enfants du paradis entrent dans une catégorie jusqu’ici peu explorée : le ballet de troupe. Roland Petit l’a marqué, d’une infinie poésie, avec ses Forains en 1945, écrit pour la poignée de danseurs de sa première compagnie, les Ballets des Champs-­Élysées. José ­Martinez avait déjà fait ses premiers pas dans cette voie avec ­Scaramouche, créé voici trois ans pour l’École de danse de l’Opéra de Paris.

De quoi s’agit-il exactement ? Écrire une pièce sur mesure pour toute la troupe et qui la prenne, d’une certaine manière, pour sujet principal. Inutile de dire qu’une des clés du succès tient à l’enthousiasme avec lequel la compagnie en question se jette dans l’aven­ture. Et ici, les danseurs de l’Opéra ne ménagent pas leur peine : ils sont 70, vêtus de plus de 300 costumes signés Agnès Letestu, à jongler, rouler du tambour, parler, crier, jouer les bateleurs, passer de la scène à la salle, transformer les escaliers de Garnier en boulevard du Crime, à l’heure où la foule du public les prend d’assaut, ou bien en théâtre des Funambules pendant l’entracte animé de saynètes de danse et de passages de mîmes.

Fidélité au noir et blanc

« Pour moi, Les Enfants du paradis c’est d’abord une histoire sur ce monde des rêves que le théâtre représente, dit José Martinez. J’ai voulu rester au plus près de l’œuvre de Carné et Prévert. Je ne fais l’impasse sur rien. Pas même sur une certaine fidélité au noir et blanc. Les décors et les costumes de la rue sont en gris, et le monde du théâtre en couleurs : car c’est dans sa magie qu’on vient oublier la réalité d’un quotidien pauvre, triste et difficile.  » Pour ses Enfants, Martinez tire avec beaucoup d’astuce toutes les ficelles du théâtre dans le théâtre. Les châssis du décor d’Ezio Toffoluti encombrent la scène. Les danseurs mêlés aux techniciens les poussent, les tournent et les roulent. L’un d’eux présente côté face la porte de la pension de Mme Hermine et côté pile, une de ses chambres. Le décor du Théâtre des Funambules descend des ceintres, plus étroit que la scène de Garnier pour qu’on découvre en direct le charme piquant de la vie des coulisses : relation de l’artiste à son miroir, pianiste surveillant la scène en coin, étreintes indolentes en attendant l’entrée en scène, et le joli jeu des trucages comme le drap bleu qu’on agite de part et d’autre d’une barque pour figurer le cours d’eau qu’elle descend.

Un récit à deux vitesses

Reste que l’histoire des Enfants du paradis n’est pas facile à raconter. Surtout lorsqu’on veut le faire à la lettre, en reprenant la plupart des scènes tout en économisant une heure et demie de spectacle sur l’œuvre originale. Martinez choisit un récit à deux vitesses : une première partie qui enchaîne un nombre étourdissant de séquences sans qu’on ait vraiment le temps de respirer ou de compatir, mais qui réussit à exposer clairement les personnages et l’action. Et une seconde partie plus fluide, où la danse coule en continu. L’ensemble porté par une musique parfaitement illustrative, taillée sur mesure par Marc-Olivier Dupin.

Dans le casting de Martinez, tout le monde a le physique de l’emploi et le chorégraphe ajuste sur chacun une gestuelle selon son caractère : Benjamin Pech, en Lacenaire, a la main baladeuse des pickpockets lorsqu’il ne se la passe pas sur le front pour faire incuber son dandysme noir, Alessio ­Carbone campe un Fréderick Lemaître, devenu danseur virtuose plutôt que dieu du théâtre, ­Caroline Bance est une merveil­leuse Madame Hermine, trotte menue et commère, Murielle ­Zusperreguy, une passionnante Nathalie. Isabelle Ciaravola, sphinge hiératique, joue à Garance : physique d’Arletty sans hélas en avoir tout à fait la magnétique sensualité. Mathieu Ganio est Baptiste : lunaire et amoureux, restituant intacte la magie des scènes de mime du film de Carné et Prévert. Et là, on est touché au cœur.”

Palais Garnier, jusqu’au 8 novembre.

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